L'Orient Express : sur les traces d'Edmond About

Dès sa mise en service, l'Orient Express a symbolisé l'idée même du voyage, le rêve d'un Orient mystérieux et pour beaucoup inaccessible. 

Ce train mythique aura inspiré de Joseph Kessel à Agatha Christie, de Paul Morand à Pierre Mac Orlan, de Colette à Graham Greene, de Valérie Larbaud à Vladimir Nabokov, de John Dos Passos à Ernest Hemingway, qui ont voyagé et écrit sur l'Orient-Express...

Mais le plus intéressant reste le témoignage d'Edmond About, journaliste et écrivain français qui participa au voyage inaugural du premier Orient Express, partant de Paris le 4 octobre 1883. 




Sur les traces d'Edmond About

Après de brillantes études, Edmond About devint journaliste, écrivant ses chroniques dans Le Figaro, Le Soir, Le Constitutionnel, La Revue des Deux Mondes et L'Opinion Nationale, et publiant de nombreux ouvrages, romans et pièces de théâtre.

Auteur à succès, figure incontournable du tout Paris, ami de Napoléon III, membre de l'Académie Française, il fut profondément blessé par la perte de l'Alsace et de la Lorraine en 1870, laissant sa maison de Saverne en indivision avec Monsieur de Bismarck…

En 1883, il fut invité par Georges Nagelmackers, le fondateur de la Compagnie Internationale des Wagons Lits pour le voyage inaugural du premier Orient Express.

Il nous livre un témoignage passionnant de cette véritable aventure à travers l'Europe des Empires dans De Pontoise à Stamboul.


 

« L'aventure que je vais vous raconter par le menu ressemble pas mal au rêve d'un homme éveillé. J'en suis encore ébloui et étourdi tout ensemble, et la légère trépidation du wagon-lit vibrera très probablement jusqu'à demain matin dans ma colonne vertébrale. »


« Trois maisons roulantes, longues de dix-sept mètres et demi, construites en bois de teck et en cristal, chauffées à la vapeur, brillamment éclairées au gaz, largement aérées et aussi confortables pour le moins qu'un riche appartement de Paris. »


« Nous n'avons eut affaire à la douane qu'une fois dans la gare française d'Avricourt, où un employé supérieur, charmant homme, voulut absolument se faire présenter à nous. J'ai abusé de cette immunité pour introduire en fraude vingt cigarettes de tabac turc. »

 


« Lorsque j'ouvris les yeux, nous roulions vers Karlsruhe à travers les prairies badoises, et il faisait grand jour. J'ai su depuis que trois ou quatre ingénieurs de notre bande étaient descendus à Strasbourg avec M. Porgès, président de la société Edison, pour voir l'intérieur de la nouvelle gare éclairée par la lampe électrique. On dit que c'est fort beau ; mais le soleil lui-même me paraîtrait bien terne à Strasbourg. »

 

 

« La gare, qui est un beau morceau d'architecture, développe sa façade entre deux grands portiques entièrement drapés de vigne vierge. Cette décoration est d'un goût qui ferait se pâmer le chef de station de l'Isle Adam et ses collègues de la ligne de Pontoise à Creil, tous habiles artistes et fins jardiniers, comme on le sait. »

 


«Nous arrivons à la station…et je gagnais avec mes compagnons de voyage l'hôtel de Sinaïa où il est permis de déjeuner… Comme nous prenions le café, un officier du palais est venu pour nous avertir que le roi et la reine voulaient nous voir…»

 

 

«Il y a très probablement dans ce pays des villes autrement bâties et autrement peuplées que Roustschouk, mais je n'en parlerai pas de visu, car le grand financier qui a construit le chemin de Roustschouk à Varna les a soigneusement évitées.»

 


 «  En effet, nous étions à l'entrée du Bosphore…

Les barbares, les demi-barbares et les civilisés, les païens et les chrétiens, les orthodoxes, les schismatiques, les musulmans, se sont donné rendez-vous dans ce champ clos pendant plus de deux mille ans pour disputer l'empire du monde. Et tout n'est pas fini, puisque Constantinople est le centre autour duquel gravite depuis un siècle au moins la politique européenne…»

 


«  Je ne vous dirai rien de l'Allemagne… les sentiments que j'ai éprouvés devant les nouveaux forts de Strasbourg. Le mardi matin, vers dix heures, nous avons passé par Saverne, et dans un repli des Vosges, derrière un rideau de grands arbres que j'ai planté, j'ai aperçu une maison qui m'est chère et douloureuse entre toutes ; J'y ai vécu douze ans dans le bonheur et dans la paix ; j'y ai écrit la moitié de mes livres ; j'y ai vu naître les quatre aînés de mes enfants. Depuis l'année terrible, cette propriété, payée de mon travail, est indivise entre M. de Bismarck et moi… »

«  Avricourt, Nancy, bar-le-Duc, Châlons, Paris, le reste du voyage n'est plus qu'une jolie promenade de banlieue. »




Article ajouté le 2009-05-06 , consulté 228 fois

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